Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lors des cérémonies du 11 novembre à Paris, on a beaucoup daubé sur la poignée de main entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, mais le mot réhabilitation n’a pas été prononcé. Et pourtant les absents sont toujours là, ceux que la patrie a reniés en tant que morts, fusillés pour l’exemple pour un refus ou une parole de révolte, envoyés au poteau d’exécution au terme d’une parodie de justice. Comme les autres soldats de la Grande Guerre, rescapés, morts ou estropiés, ils ont pataugé dans la boue des tranchées, rampé sous la mitraille, subi le déluge des obus. On les a envoyés délibérément au massacre dans des offensives qui se sont soldées par des monceaux de cadavres. Alors comment ne pas comprendre qu’ils n’aient plus supportés les sacrifices inutiles, les mensonges de l’Etat-major et l’absurdité criminelle de la hiérarchie militaire. Ce n’était pas des lâches. Ils ne refusaient pas de défendre leur pays mais ne voulaient plus sortir des tranchées pour aller à la mort. Les soixante-quinze pour cent de sondés qui souhaitent la réhabilitation de ces Français tués par des Français, témoignent de cette blessure qui continue de traumatiser, et secouer notre pays depuis un siècle. Les cérémonies de commémoration, les rassemblements aux monuments aux morts ont longtemps glorifié l’esprit de la guerre, permis une confusion entre l’hommage aux vies brisées et la justification des buts de guerre. « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels », écrivait Anatole France le 18 juillet 1922 dans le journal l’Humanité, faisant écho à la prophétie de Jaurès en 1910 : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. » Le 11 novembre, c’est une victoire en trompe-l’œil. « Elle a fait tout oublier, tout absoudre. Il la fallait coûte que coûte à nos maîtres, » écrit Louis Barthas dans ses carnets de guerre. « Et pour l’avoir, ajoute-t-il, ils auraient sacrifié toute la race, comme disait le général de Castelnau. » Aujourd’hui, il faut encore et encore relire cette histoire , savoir se protéger de ses pièges toujours tendus, faire de sa mémoire un passeport pour l’avenir ; en bannissant les phrases creuses et les clichés officiels. Comment justifier, 100 ans après, la surdité des dirigeants de l’Etat et des institutions militaires qui ne veulent pas reconnaître l’ignominie qu’a constitué l’exécution de soldats français devant leurs camarades , et ce pour créer un climat de terreur et de soumission parmi les troupes envoyées à la mort. En agissant ainsi on pensait en haut-lieu que ces pauvres diables, perdant toute conscience humaine, seraient ainsi conditionnés et suffisamment passifs pour devenir des bêtes de somme. Heureusement durement toute la guerre de 14-18, et malgré, ou à cause des souffrances endurées, le chauvinisme ambiant et le conditionnement des esprits, des combattants dénoncèrent à leur manière l’absurdité de cette boucherie et surent trouver des moments de trêve pour refuser de se battre. Ce fut le cas le 10 décembre 2015 dans le secteur de Neuville Saint Vaast comme le relate en ces termes Louis Barthas dans ses carnets de guerre. « On eut alors ce singulier spectacle : deux armées ennemies face à face sans se tirer un coup de fusil. Français et Allemands se regardèrent, virent qu’ils étaient des hommes tous pareils. Ils se sourirent, des propos s’échangèrent, des mains s’étendirent et s’étreignirent, on se partagea le tabac, un quart de jus ou de pinards. Un grand diable d’allemand brisa sur un tronc d’arbre son fusil en deux tronçons. Des applaudissements éclatèrent de part et d’autre et l’Internationale retentit. Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité. » Et bien un siècle plus tard le souhait de Louis Barthas va se réaliser. Le monument dont il rêvait et que souhaitait en 1992, Marie Christine Blandin, l’ancienne Présidente du conseil régional Nord Pas de Calais, va être inauguré le 17 décembre 2015 sur la commune de Neuville Saint Vaast , sur ce coin de l’Artois cher à notre célèbre tonnelier peyriacois. Et ce grâce à l’association « Noël 14 » animée par des réalisateurs et des acteurs de renom comme Christian Carion, Dany Boom, Guillaume Canet ou Bertrand Tavernier, et la communauté urbaine d’Arras. Ce mémorial rendra hommage à ceux qui ont eu le courage de cet acte fraternel et permettra de souligner la haute portée de ce geste de paix durant l’un des plus meurtriers des conflits. Que ce symbole puisse nous conforter dans la construction de la culture de la paix et notre campagne exigeant la justice pour tous les fusillés pour l’exemple, et le plus tôt possible

intervention de Jacques Obriet les amis de Louis Barthas
Partager cette page
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :