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Marc Fraisse, membre du bureau du comité de paix audois

 

Pour ce centenaire de l’armistice et sans avancée sur le dossier des fusillés, il est nécessaire de revenir sur la bataille pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple. Celle-ci a débuté dès la fin de la guerre. Des associations et en premier lieu la Ligue des Droits de l’Homme, ont ainsi mené de nombreuses batailles judiciaires pour obtenir la réhabilitation de certains soldats, victimes d’erreurs judiciaires manifestes. Elles y sont parvenues pour une quarantaine d’entre-deux et ont également obtenu certaines avancées législatives comme les lois d’amnisties de 1919 et 1921, la réforme du code de justice militaire en 1928 ou encore la création d’une cour spéciale de justice militaire en 1928 ou encore la création d’une cour Spéciale militaire entre 1932 et 1935 pour étudier le cas spécifique de fusillés.

Le débat rebondit en 1998, à l’occasion du discours de Lionel Jospin, alors Premier Ministre, à Craonne (Aisne), dans lequel il réhabilita la mémoire des soldats fusillés suite aux événements de l’été 1917. la question de la reconnaissance, de la réhabilitation de la mémoire de l ‘ensemble des soldats fusillés pour l’exemple durant la première guerre mondiale revient depuis régulièrement sur le devant de la scène, en témoigne le récent rapport  rendu au secrétaire d’Etat aux anciens combattants par l’historien Antoine Prost sur ce sujet ou encore le dépôt d’une proposition de loi par les députés de gauche en juin 2014, mais aussi notre présence devant ce monument depuis de nombreuses années avec la Libre Pensée, l’ARAC, les amis du caporal pacifiste Louis Barthas….

 Certains invoquent l'impossibilité matérielle de connaître les faits ayant conduit à l'exécution de ces soldats pour refuser une réhabilitation automatique et intégrale des fusillés.Il est vrai  que les archives ne permettent pas aujourd'hui de conclure de manière définitive en raison de leur caractère lacunaire, mais aussi parce que dans de nombreux cas, le caractère arbitraire de l'exécution  (tirage au sort, prise en compte de critères comme le célibat, le "mauvais caractère" ou la récidive. On notera ici la confusion  des sentiments qui règne parmi les soldats: pour certains, le caractère mérité de l'exécution, dans la mesure où les crimes commis sont punissables de la peine de mort, le dégoût ressenti devant ce spectacle, la conscience des objectifs poursuivis par le commandement militaire avec ces mises en scènes.

De nombreuses révoltes de soldats, à l’occasion de certaines exécutions, contraignirent le commandement militaire à abandonner ces mises en scène macabre pour préférer des exécutions plus discrètes. On peut parler aussi des exécutions sommaires, sans jugement perpétrées sur le champ de bataille. Un exemple en est donné par le général Auguste Blanc dans son rapport du 23 septembre 1914: « J’ai tué de ma main douze fuyards et ces exemples n’ont point suffi à faire arrêter l’abandon du champ de bataille par les tirailleurs ». Le nombre de soldats français morts sous les balles françaises est bien plus grand que celui connu des fusillés pour l’exemple.

L'historiographie a longtemps mis l'accent sur les mutins, ou plutôt  sur les grévistes de l'été 1917, au détriment des fusillés. ces deux catégories doivent être bien distinguées, car ces termes ne sont pas synonymes, dans la mesure où:

La plupart des fusillés ont été exécutés entre 1914 et 1915, bien avant les grandes mutineries de mai-juin 1917. En réponse à la désastreuse offensive du Chemin des Dames  où les soldats ont, six semaines durant et au sein de soixante huit divisions, agi ensemble pour mettre fin au massacre. Sur le demi-million de soldat concernés par cette expression  collective de mécontentement, on recense entre 40 et 80 000 mutins. 3 427 furent jugés coupables, 554 furent condamnés à mort et une trentaine « seulement » furent exécutés.

Ces mutinerie ne constituèrent pas une rupture avec le commandement,contrairement au cas russes de l'été 1916 et allemands de l'année 1918 où de nombreux soldats prirent le chemin du retour. 

On relève toutefois de nombreux cas où « l’internationale » ou la chanson de Craonne sont chantées, où des mots d’ordre antimilitaristes sont avancés, où l’exemple de la Russie est évoquée, le tout en écho avec las grèves menée à l’arrière. A l’inverse, les exécutions des année de 1914 et 1915 concernent principalement des actes « apolitiques » et « individuels ». Il peut s’agir d’individus récidivistes, de « fortes têtes » mais également de bons soldats qui ont combattu dans les pires secteurs du front, là où l’échec des attaques est le plus important.

Cette réhabilitation doit être nécessairement automatique et intégrale, dans la mesure où ne pouvons et nous ne devons pas juger, à un siècle de distance, des comportements individuels. Au contraire, nous devons nous élever avec force contre cette logique qui consiste à exécuter ses propres soldats pour garantir la discipline et endiguer des pratiques d’évitement. Force est en effet d’admettre que face à l’horreur de cette guerre, nous ne pouvons que reconnaître ces hommes qui ont, par un sentiment bien humain, tenté de survire et d’échapper de cet enfer, d’autant que beaucoup sinon tous avaient déjà participé aux combats, étaient sortis des tranchées pour aller sous le feu et la mitraille . Cette guerre il ne fallait pas la faire, Jean Jaurès avait mis toutes ses forces pour l’empêcher et avait pressenti l’horreur qui en découlerait.

 

 

 

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