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Danièle Storaï, les "Amis du caporal pacifiste Louis Barthas

 

Mesdames, messieurs. Je vais vous raconter l’histoire d’un de ces fusillés pour l’exemple pour lesquels nous sommes réunis ici aujourd’hui. Il n’était pas de bien loin, c’était un Ariégeois et s’appelait Louis Flourac...

En 1917 - le bordereau du conseil de guerre indique  que  - pour assassiner réglementairement un homme - les frais de procédure s'élèvent à 12,80 francs. Le 12 juin - la facture est 76,20 francs parce que les juges militaires ont condamné 8 soldats de la 8e compagnie du 60e Bataillon de chasseurs à pied pour « refus d'obéissance en présence de l'ennemi ».

Deux n'en réchapperont pas.

Le pouvoir civil s'étant défaussé sur le commandement militaire pour rétablir l'ordre, le ministre de la Guerre - Paul Painlevé - a, en effet, autorisé l'état-major à « ne plus transmettre au président de la République les dossiers de recours en grâce ». Pétain tranche seul.

Le 20 juin suivant, Charles Vally et Louis Flourac sont fusillés « pour l'exemple » à Chacrise, dans l'Aisne. 10 jours après, Louis aurait eu 24 ans.

Ce soldat de la classe 1913 était depuis 5 ans sous les drapeaux - et il combattait depuis 3 ans. Son unité s'était tapé les Vosges - le massacre de la Trouée de Charme - la mêlée des Flandres - l'Artois... deux fois  - puis Verdun et la Somme, encore. Avant le Chemin des Dames et l'offensive Nivelle du 16 avril…  30 000 morts en 10 jours...

3 étés volés à la mort pour Louis Flourac - mais - ce que les balles allemandes n'ont pas réussi - des balles françaises l'ont accompli à la veille du quatrième. Tuer des combattants courageux mais exténués qui s'étaient révoltés à force de voir mourir - pour rien - et - par dizaines de milliers - leurs camarades dans la poursuite d'attaques imbéciles - tandis qu'à l'arrière, les embusqués se la coulaient douce - les industriels s'enrichissaient - Paris s'en foutait.

Aux ordres de quelque sabreur - Qui exigeait du bout des lèvres - Qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur - Leurs vingt ans qui n'avaient pu naître, chante Jacques Brel dans Jaurès, devant le portrait de Louis Flourac - fier dans son uniforme – le béret sur l'oreille.

Ah ! Louis Flourac… À Saint-Ybars - jolie bastide ariégeoise perchée au confluent de la Lèze et du Latou - son nom a été ajouté au monument aux morts - grâce aux travaux de Denis Rolland, un historien de l'Aisne.

« C’était le 20 juin 2007, pour commémorer les 90 ans de son exécution », précise Henri Esquirol, l'ancien maire de la commune l'ayant ainsi réhabilité. D'abord porté « Mort pour la France » sur le registre d'état civil - une main militaire était venue - en 1922 - barrer la mention - interdisant de fait de l'inscrire avec tous les autres tués de la commune.

Déshonneur - parents emportés par le chagrin vu qu'officiellement les fusillés étaient des lâches… Lâche Flourac ? Un courageux et un meneur - au contraire, et c’est justement pour ça qu'il a été exécuté.

Eté 1917… Les Américains arrivent. C'est aussi - derrière le front - à l'heure du solstice - l'odeur des tombes fraîches creusées par l'arbitraire - remplies par l'injustice. Mutineries - drapeau rouge - grèves des soldats refusant de remonter en ligne… Certes - on a moins fusillé qu'à l'automne 1914 - où 600 à 700 hommes ont été passés par les armes. Mais La Chanson de Craonne n'en tétanisait pas moins le gouvernement et les généraux - effrayés par la révolution russe de février.

Là-bas - les soviets d'ouvriers et de soldats avaient fait tomber l'empire des Romanov. Or - depuis 1916 - deux brigades russes se battaient en France. Après de lourdes pertes au Chemin des Dames et avoir été citées à l'ordre de l'armée, elles ont été envoyées au repos au camp de la Courtine dans la Creuse. En fait - les 10 300 hommes qui réclamaient leur retour au pays - ont été écartés du front par méfiance. En septembre - ils formèrent un soviet et se sont mutinés. La répression a été sanglante : l'artillerie française a fait officiellement 9 morts - une centaine pour les historiens. Une stèle en témoigne.

Si vous voulez la guerre, payez-la de votre peau ! Entonnaient les Poilus dans Craonne.

En tuer un - pour en terrifier un millier, répondirent les balles des pelotons ordonnés par ceux qui s'étaient sentis visés.

De 1914 à 1918, près de 8 millions d'hommes furent mobilisés. 2 400 poilus ont été condamnés à mort et environ 600 ont été fusillés pour l’exemple (hors exécution sommaire), les autres ont vu leur peine commuée en travaux forcés. 

« Honneur à nos grands morts […] Grâce à eux, la France - hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours soldat de l’idéal » osait déclarer George Clémenceau à la Chambre des députés, le 11 novembre 1918...       

 

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